De gauche à droite: Lucien L'Allier, Jean Drapeau et Lucien Saulnier dans une voiture de métro.

 

Le métro de Montréal est certainement l'une des plus grandes réalisations de l'ex-maire Jean Drapeau, s'inscrivant dans sa longue liste des chantiers à entreprendre afin de faire de Montréal une métropole de calibre international. On reproche souvent ses excès, excès menants à un endettement colossal, mais sans ceux-ci, la ville n'aurait jamais connu un épanouissement et une ouverture sur le monde aussi important. On a qu'à penser, par exemple, à l'exposition universelle de 67, aux Jeux Olympiques de 1976 et, évidement, au métro. À l'époque, Montréal bouillonnait de partout et était le centre névralgique des finances du Canada, ce qui aidait beaucoup au développement de projets comme le métro. Cette position perdait cependant peu à peu de terrain, au profit indéniable de Toronto, engendrant éventuellement un marasme économique, causant une stagnation à tous les niveaux, stagnation qui est toujours en toile de fond de nos jours.

Évidement, une telle réalisation ne peut être l'oeuvre d'une seule personne. Jean Drapeau a certe joué un rôle primordial dans cette aventure, il ne faut pas oublier les autres grands bâtisseurs dont, Lucien L'Allier et Lucien Saulnier.

 

- Biographies -

 

Jean Drapeau 1916-1999

Jean Drapeau naît à Montréal le 18 février 1916. Il fait ses études primaires et supérieures aux écoles Jean-de-Brébeuf et Le Plateau. Étudiant à l'Université de Montréal, il obtient la licence en sciences sociales, économiques et politiques en 1937 ainsi que le degré de bachelier ès arts l'année suivante. De 1938 à 1941, il étudie le droit à la Faculté de Droit de l'Université de Montréal.

Tout en s'intéressant activement à la politique, il devient spécialiste en droit pénal, corporatif et commercial. En 1950, il est appelé à agir comme procureur public dans l'enquête judiciaire sur la police. Il est élu pour la première fois maire de Montréal en 1954, à l'âge de 38 ans. Défait en 1957, il fonde le Parti civique de Montréal en septembre 1960. En octobre de la même année, il remporte la victoire à la mairie de Montréal de même qu'aux élections de 1962 et 1966. Le 9 février 1970, Jean Drapeau est élu président du Conseil de la Communauté urbaine de Montréal (CUM). Réélu en 1974, 1978 et 1982, il quitte la mairie de Montréal en 1986. Plusieurs événements marquent son administration : les annexions de Rivière-des-Prairies, du village de Saraguay, de Ville Saint-Michel et de Pointe-aux-Trembles ; les constructions de la Place des Arts et du métro ; l'Exposition universelle de 1967, les jeux olympiques d'été de 1976 et les Floralies de 1980. Source: Archives de la Ville de Montréal

 

Lucien L'Allier 1909-1978

Né en 1909, L'Allier grandit dans le faubourg St-Laurent, à quelques pas d'une des stations qu'il bâtira des décennies plus tard. Il fait d'abord ses études primaires à la vieille école St-Laurent des Frères des Écoles chrétiennes, et entreprend ses Humanités au Collège Ste-Marie.

En 1935, fraîchement diplômé de l'Université McGill en génie électrique, L'Allier est fin prêt à relever les défis que propose la considérable poussée de croissance que connaît Montréal et le Québec dès les années 40. Déjà, de 1935 à 1938, il participe à la construction des réseaux interurbains de Bell Téléphone, et occupe le poste d'ingénieur régional du Québec à Radio-Canada, de 1938 à 1946.

En 1946, début d'une époque de modernisation, L'Allier fait son arrivée au Service des travaux publics de la Ville de Montréal. À partir de 1954, il y occupera le poste de directeur et mènera de front plusieurs grands projets. Le plus imposant de ceux-ci est sans aucun doute la construction du métro de Montréal en 1961. Son professionnalisme à la direction de cet énorme chantier de 5 000 ouvriers lui vaudra en 1964 un doctorat honorifique en science de l'Université McGill et le titre de l'un des dix hommes de l'année du continent nord-américain, dans le domaine des travaux publics. Toujours en 1964, L'Allier est nommé président directeur général de la Commission de Transport de Montréal, fonction qu'il conservera jusqu'en 1974, en poursuivant la supervision des travaux du métro, à titre d'ingénieur en chef.

Au moment de son décès en 1978, les proches de Lucien L'Allier formulent le voeu de voir la station de l'Aqueduc porter son nom. La ville de Montréal ne tardera pas à acquiescer à cette demande et dédie non seulement une station de métro mais aussi une rue à sa mémoire. Toutefois, bien plus que tous ces honneurs, c'est le travail acharné de Lucien L'Allier qui se répercute dans la vie quotidienne de tous les Montréalais. Source: Archives de la Ville de Montréal

 

Lucien Saulnier 1916-1989

Né en 1916 dans le quartier qu'il a représenté au Conseil municipal pendant quatorze ans, il était issu d'un milieu modeste et la mort prématurée de son père l'empêcha de faire les études de droit qu'il souhaitait. Il dut se mettre au travail tout en suivant des cours du soir à l'Université de Montréal en sociologie et sciences économiques. Le principal diplôme qu'il reçut fut sans doute un doctorat honoris causa de cette même université en 1966. Puis, pendant vingt-sept ans il a participé à la publication de la revue L'Actualité que dirigeaient les jésuites en même temps qu'il s'engageait dans un commerce de vêtements.

Pendant ces années, son intérêt pour la chose publique se manifeste déjà. Il milite à l'Action libérale nationale puis au Bloc populaire sans pour autant s'engager assez pour se porter candidat.


Propriétaire d'une mercerie, Lucien Saulnier fait le saut en politique municipale en 1954 avec la Ligue d'action civique, qui accède au pouvoir avec un nouveau maire, Jean Drapeau. À la défaite du parti aux élections de 1957, Saulnier devient le chef de l'opposition à l'hôtel de ville. Trois ans plus tard, il appuie Jean Drapeau et le tout nouveau Parti civique, qui remporte les élections d'octobre 1960. En tant que président du Comité exécutif de la Ville de Montréal de 1960 à 1970, Lucien Saulnier va former avec le maire Drapeau un duo parfaitement équilibré : gestionnaire efficace et réfléchi, Saulnier est le partenaire idéal pour Jean Drapeau, l'homme des grands projets.

Un métro ou un monorail ? Le Parti civique a été élu en 1960 en promettant entre autres la construction d'un métro à Montréal. Métro souterrain ou en surface ? Lucien Saulnier est convaincu que le futur réseau doit être construit sous les rues de la métropole, pour échapper aux rigueurs de l'hiver. De son côté, le maire Drapeau préfère le monorail, solution à la fine pointe de la technologie. Puisque les deux hommes ne parviennent pas à s'entendre, un voyage d'études est organisé et le tandem Drapeau-Saulnier se rend en France pour comparer les deux options. Lucien Saulnier avait raison : le métro souterrain possède bien plus d'avantages que le monorail. Durant ce voyage, le duo en profite pour visiter le métro de Paris et ses voitures sur pneumatiques, technologie qui sera reprise dans le métro de Montréal.

Durant la construction du réseau initial du métro, Lucien Saulnier suit de près l'évolution des travaux et remplace régulièrement le maire Drapeau, retenu par de nombreux séjours à l'étranger. Après l'inauguration du réseau initial en 1966 et son départ du Parti civique en 1970, Lucien Saulnier participe activement aux travaux de prolongement du métro en tant que président de la nouvelle Communauté urbaine de Montréal, poste qu'il occupe de 1970 à 1972. Par la suite, il dirigera successivement la Société de développement industriel, la Société d'habitation du Québec, Hydro-Québec, la Régie des installations olympiques et la Société d'énergie de la Baie James.


Lucien Saulnier est décédé en 1989. Administrateur de haut niveau, il n'a peut-être pas connu la gloire d'un Jean Drapeau, mais son héritage ? incluant le métro de Montréal ? demeure toujours aussi présent.
Source: Journal Métro

 

Lucien Saulnier et Jean Drapeau dévoilant un des premiers projets de métro.

Note: La ligne 2 Orange actuelle est ici désignée par la ligne A, la ligne-1 Verte par la B et la défunte ligne 3 par la C.

 

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